les signes de la possession
PARLER EN LANGUES
C'est l'un des trois critères retenus par le Rituel Romain pour affirmer l'existence d'une possession. Ce "don des langues" existe aussi chez les âmes proches de Dieu au sein d'une assemblée charismatique, mais cette ambiguïté ne trouble personne : le caractère extraordinaire de cette capacité de connaître une langue inconnue est porté à l'actif du surnaturel; le contexte permettra de savoir s'il s'agit de Dieu ou du Diable.
Le caractère parapsychique de ce don soudain est loin d'être facilement démontrable. Le contexte général du phénomène tend à susciter un préjugé de merveilleux, le même qui entoure la littérature hagiographique et qui pourraient intervenir dans la transformation évhémériste de certaines anecdotes mythologiques.
C'est ainsi que le "latin de coquin" du possédé de P., plein d'erreurs syntaxiques et orthographiques passe pour une production infernale digne de Sénèque ! Par ailleurs l'absence de contact du possédé avec la langue qu'il produit n'est généralement pas assuré; il est même le plus souvent fort suspect, tel ce cas cité par Ambroise Paré (1841): "Le troisième mois, l'on descouvrit que c'estait un diable qui estait auteur de ce mal, lequel se déclara luy-mesme, parlant par la bouche du malade du grec et du latin à foison, encore que le dist malade ne sceust rien en grec. Il descouvrit le secret de ceux qui estaient là présents, et principalement des médecins, se mocquant d'eux pour ce qu'avecque des médecines inutiles ils avaient presque fait mourir le malade."
FORCE DISPROPORTIONNEE
Elle est souvent citée comme une preuve de "surhumanité" chez le possédé. Le "forgeron / exorciste" éthiopien dit à la possédée "lève cette pierre !" (c'était une très grande pierre qu'elle n'aurait pas pu remuer dans son état naturel; mais elle la mit facilement sur sa tête et tourna en rond comme une roue jusqu'à ce que la pierre tombât d'un côté et elle de l'autre) (selon Waldmeier cité par Oesterreich, 1927).
Dans l'affaire de Palaja, le curé de la paroisse et d'autres témoins rapportent qu'une croix métallique très solide, implantée sur la place du village, a été un matin retrouvée tordue de manière impressionnante : ce qui ne saurait être que l'oeuvre du démon, puisque personne n'a pu la redresser; si ce n'est à l'aide d'un tracteur... La torsion s'étant produite sans témoin, il est bien risqué d'écarter l'idée d'une supercherie ou, plus vraisemblablement d'une aide ironique au démon par quelque jeune agriculteur des environs, amusé par les rumeurs et les frayeurs régnantes Les moyens utilisés appartenant alors au domaine très naturel des palans, cordes, engins agricoles, etc....
Les cas de "force surhumaine" peuvent cependant s'attester, y compris dans le monde "normal" de la névrose, de l'enthousiasme, de la colère ou de l'amour. Une violente émotion peut conduire un être de musculature peu exercée à développer pour une courte période une force étonnante; telle cette patiente "fragile" pourtant qui, sous nos yeux, détruisit de ses mains un cendrier solidement vissé au mur...
LEVITER
Pour les Messaliens, la prière perpétuelle aboutit à l'extase et aux trépidations et danses, qui ne sont pas vues là comme précurseurs de lévitation ("sauts de grenouille" de l'aire indo-tibétaine), mais comme façons de "piétiner le diable".
La lévitation existe aussi chez les "possédés" de Dieu, les saints: Tel le Curé d'Ars, s'élevant pendant qu'il prêchait, ou Thérèse d'Avila au cours de ses extases.
Le phénomène est revendiqué aujourd'hui par les sectateurs de Maharishi qui expérimentent le "flying" ou "vol yogique". Leur espoir de se stabiliser en l'air, en dépit des lois de la pesanteur n'a reçu, à ce jour, aucune confirmation expériencielle. Ils sont au moins capables d'accéder aux "sauts de grenouille" dont la tradition indienne fait la première étape de la lévitation. Les performances sont parfois étonnantes et font régulièrement l'objet d' "olympiades de la conscience" mettant en compétition les plus performants d'entre les siddhas.
L'accession à ces prouesses nécessite une pratique assidue de la méditation et de l'état de "veille paradoxale". Les effets musculaires de ces pratiques sont parfois violents : on assiste comme chez les "quakers" à desmouvements saccadés, des secousses myocloniques, l'émission d'expressions émotionnelles en accord avec les représentations inconscientes du sujet (rires, cris, larmes, etc). Les désirs sexuels peuvent, à certains moments, se développer, engendrer une sorte d'hyperesthésie et de douceur érotico-mystique, aboutir à des remaniements relationnels. Ces faits sont peut-être à l'origine des interdictions de promiscuité entre hommes et femmes dans les synagogues, les églises, les mosquées et les temples bouddhistes.
La lévitation n'est qu'une des formes de la psycho-kinèse. On décrit chez les "possédés" toutes sortes de phénomènes de ce type allant jusqu'à "ébranler la maison comme un tremblement de terre"... En l'absence d'observation mesurée, on peut supposer qu'au moins dans une forte proportion des cas ces effets sont hallucinés par les observateurs dont l'implication, en ce type d'événements à signification collective, ne peut-être évitée (Auriol, 1990)...
Il est même envisageable qu'ils soient eux-mêmes, individuellement ou collectivement, auteurs inconscients des effets qu'ils observent, soit par les voies courantes de l'acte-manqué / réussi, de l'illusion perceptive, de l'interprétation à centration systématique, etc...
CREATION de MATIERE
Le pacte avec le diable est censé faire gagner de la richesse en échange du salut éternel... Dans certains cas, plus qu'une réussite inespérée, la création pure et simple de billets de banque serait le fruit de la transaction (K.Koch, 1972)... Le fait semble défier trop outrancièrement les lois de la physique et parait trop mal attesté pour que nous y accordions beaucoup de crédit... L'appât du gain allié à la sorcellerie produit plus facilement de vieux papiers journaux[5] que des espèces sonnantes et trébuchantes...
CONNAISSANCE DE CHOSES SECRETES
Moréri attribue aux Trembleurs (Georges Fox, 1652), Anabaptistes, Messaliens, et autres Enthousiastes (Gaspard Suvenke-Feldius, 1527) d'être possédés du démon. C'est ce dernier qui agirait lorsque, se réunissant en pieuse assemblée, silencieux et immobiles, l'une ou l'un d'eux se dresse, élevant la voix pour faire connaître l'inspiration divine dont il se sent tout à coup le truchement (Quakers). Le pieux abbé n'avait pas prévu que nous verrions, bénits par l'Eglise, surgir les "charismatiques" qui n'agissent pas autrement si ce n'est leur humble soumission à la hiérarchie...
Le "diable" d'Illfurt "disait aux visiteurs à brûle pourpoint leurs méfaits passés, leur reprochait les péchés les plus secrets". "Bien plus, il prédisait parfois des jours, des semaines à l'avance ce qui allait arriver, et la réalisation exacte de ses prédictions mettait tout le monde dans l'étonnement."
Il multiplie les révélations historiques ou prophétiques, décrit des événements éloignés au moment o| ils se produisent.
Mais, tout comme cette voyante égarée qui demandait aux gens son chemin, le "diable" se trompe parfois ou avoue son ignorance ! " - Quel est leur nom ? - Canisi. L'autre il me dégoûte. Je ne sais pas son nom (Mr Martinot)."
Démon en deçà des Pyrénées, ange au-delà ?
Le démon l'est du point de vue de la dogmatique et même des choix politiques du milieu qui le fait venir au jour. A Illfurt, comme la sociologie bien-pensante le voulait alors, le diable est favorable aux Protestants, aux Juifs et surtout aux francs-maçons, adversaire de Napoléon III qui entretient de bonnes relations avec le Pape... Il est aussi très en faveur du bal, de l'Ivrognerie et de la République, etc...
Il peut étaler un comportement réprouvé en quelque manière par l'entourage, actuel ou ancien... Ainsi d'employer des mots orduriers, scatologiques, de tirer la langue, faire des gestes obscènes, etc...
L'AMNESIE
Tout aussi puissante que l'amnésie infantile ou celle du rêve des nuits-sans-rêve, l'amnésie de la possession est fréquente, sinon constante. Elle peut-être, chez le possédé, levée par les mêmes procédés : hypnose, association libre, surprise signifiante, etc...
Son mécanisme peut se distribuer selon différents axes émargeant au discours psychanalytique : forclusion, refoulement, déni et parfois simulation.
Elle peut s'adosser à la rationalisation qui fournit au moi conscient et à l'entourage une explication plausible de certains phénomènes (cf. le spectateur de music-hall qui a reçu la suggestion post-hypnotique d'ouvrir son parapluie : il le fait et, oublieux de l'ordre qu'il a reçu, s'explique en disant que c'est seulement pour essayer son fonctionnement....).
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL AVEC L'HYSTERIE ?
Selon la Théologie, la différence se fera sur la présence ou non, des caractères précédents qui, pour nous, ont tous une valeur parapsychologique. C'est donc prétendre implicitement qu'on ne peut être, à la fois, névrosé et "sujetpsi"...
Autrement dit, pour les théologiens, le diagnostic différentiel entre maladie mentale et possession diabolique, ne se fait que sur l'existence de phénomènes paranormaux.
Si l'on admet, au contraire, que les phénomènes parapsychologiques échappent au domaine du préternaturel et concernent simplement le champ scientifique, tout critère disparaît, pour différencier la possession d'une forme appropriée de trouble psycho-pathologique.
Du point de vue non-théologique du parapsychologue, les phénomènes particuliers qui orchestrent la possession ou la sainteté et semblent échapper à l'analyse scientifique courante, sont pourtant de son domaine PAR L'HYPOTHESE CONSTITUTIVE DE LA PARAPSYCHOLOGIE...
source: site "auriol.free.fr"